Chroniques nippones - Irrégulebdomadaire

Numéro 32 - avril 2003


 
  Les élections
par M.H.



(Attention, cet article contient une forte dose d'ironie) Des élections ont lieu en ce moment même au Japon. Ce sont les élections locales, pour élire les dievrs conseillers municipaux. Le nombre de candidats, vu à l'échelle du Japon est donc très élevé. Ici, dans ma ville (20'000 habitants) 19 candidats se disputent les 17 sièges disponibles.

Le Japon est une démocratie, tout comme les pays d'Europe. Quelles sont les différences dans la manière de mener les élections? La première et la plus évidente ce sont les (senkyo car, parfait exemple d'un mélange de japonais et d'anglais signifiant "voiture d'élection"). Les senkyo car dont vous voyez un exemplaire neutre (image provenant d'un catalogue de matériel d'élection), sont des camionettes ou des voitures portant sur leur toit le nom du candidat et un puissant système sonore, car une élection semble se gagner au mégaphone (j'exagère, lisez la suite...).

Le matin du premier jour réglementaire, à l'heure réglementaire (on est au Japon, la manière de procéder et ce qui est permis ou non, tout est fixé dans la loi), la voiture, portant le nom du candidat part, menée par un équipage aux couleurs du parti du candidat. L'équipage, outre un conducteur lympathique (c'est le mieux, il faut rouler lentement), embarque quelques jeunes (pas toujours, les cosmétiques font des miracles) femmes sélectionnées pour leur voix perçante. Elle se relaient au micro pour proclamer les slogans du candidat.

Les slogans sont d'une vacuité rare "Je suis Monsieur ......, bonne journée, votez pour moi!" ou encore "Je suis Monsieur ......, je vous remercie tous d'avoir participé à mon éducation dans cette ville, du fond du coeur je vous demande humblement de voter pour moi". Ce n'est en général pas le candidat lui même qui prend le micro, même s'il le fait quelques fois. Remarquez les gants blancs. Tout en parcourant la ville, l'équipage de la voiture salue tout le monde, de gracieux petits mouvements de gant blanc (y compris quand il n'y a personne pour regarder).

Mis à part les senkyo car, d'autres moyens sont mis en oeuvre pour solliciter la bonne volonté de l'électeur:
- l'affichage, il se fait uniquement aux emplacements prévus avec des affiches des formats autorisés. Sur l'image ci-jointe on constate que le candidat a l'emplacement numéro 1. Pas question d'affichage sauvage, de recouvrir les affiches des autres, etc. pas de désordre.
- le téléphone. Sans doute le moyen le plus grotesque. Le téléphone sonne, on répond et avant même que l'on puisse dire quelque chose, une voix en général féminine nous dit "merci de voter pour M. ......." et la communication est ensuite coupée. Moi ça m'inciterait plutôt à ne pas voter pour ce candidat là.
- les visites à domicile. Le candidat ou une personne de son équipe électorale, ayant si possible une relation (familiale, professionnelle, etc.) avec les habitants de la maison, vient sonner à la porte. Il discute quelques minutes et laisse la carte de visite du candidat.

Tout au long de l'élection, le candidat et son équipe se tiennent au quartier général du candidat. Dans une petite ville comme ici, c'est souvent son domicile. Le voisin d'en face se présentant (pour la sixième fois), je peux profiter du rituel tous les matins. Après un discours de quelques personnalités, le candidat prend à son tour la parole pour exhorter ses troupes (il a la même voix que les acteurs des films de samouraï), puis les équipes des senkyo car prennent place, une des jeunes femmes crie au mégaphone (version de mon voisin d'en face) "genkisa ippai de itte mairimasu" qu'on pourrait traduire par "on y va pleins d'énergie". Et c'est parti pour la journée.

Mis à part çà, le théeme des élections, s'il occupe une partie des journaux, semble plutôt absent de la télévision. La plupart des gens à qui j'ai posé la question ont indiqué aller voter mais ne pas avoir un intérêt particulier pour la politique.


Conclusion: peu de différences sur le fond, mais beaucoup sur la forme. Le bruit ne semble pas déranger les Japonais, par contre le désordre (affichage sauvage) semble être proscrit. En matière de politique, l'éternelle question demeure : tous ces sympathiques politiciens ont-ils des têtes de vampire parce qu'ils font de la politique, ou font-ils de la politique parce qu'ils ont des têtes de vampires ?

 



 

Des sous ! Des sous !
Par M.H.

 

 

Le petit dernier va devenir pilote de course professionel et il faut des sous pour acheter une voiture. L'université de la seconde coûte cher, il faut des sous ! Où les trouver ces sous ? On entend souvent que les banques japonaises sont dans une mauvaise situation économique. C'est sans doute vrai. En général elles ne prêtent pas de petites sommes à des particuliers. Alors à qui s'adresser ? Il existe une grande quantité de sociétés financières spécialisées dans le petit crédit.

Promise est l'une de ces sociétés. On peut voir ses petits bureaux un peu partout, avec des vitres teintées, pour que l'on ne puisse pas voir les clients et un parking derrière le bureau, pour que l'on ne puisse pas voir les numéros d'immatriculation des voitures des clients. Emprunter ne semble guère être honorable. D'ailleurs lors dun mariage, les parents font souvent examiner la situation financière de l'autre partie, pour s'assurer de l'absence de dettes (mais on n'arrive pas toujours à le savoir).

Takefuji En-shop (yen se dit en en japonais) en est encore une autre. Si vous disposez d'une bonne connexion internet et de Windows Media Player, vous pouvez cliquer sur le sigle de En-shop pour voir une de ses publicités télévisées. Vous le constaterez, la publicité est très loin de mettre en avant tous les désagréments et les dangers de l'emprunt. Et le taux est passé sous silence. C'est qu'au pays où les taux servis sur les comptes d'épargne tournent autour des 0.01 %, les taux pratiqués sur ces prêts dépassent allégrement les 20 %.

On peut se demander pourquoi il existe tellement de ces sociétés et pourquoi ne pas économiser plutôt que d'emprunter très cher à ces sociétés? Il faut savoir que les salaires nominaux sont plutôt bas au Japon, surtout comparés au coût de la vie. Ils suffisent à peine pour les dépenses courantes. Les gros achats (voiture, etc.) sont plutôt réglés à partir du bonus. Deux fois par années, les salariés japonais recoivent le bonus. Il s'agit d'un montant pouvant égaler plusieurs salaires mensuels. Si l'on doit acheter quelque chose avant de recevoir le bonus, plutôt que de déranger son patron mieux vaut peut-être emprunter.

Mais mieux vaut ne pas se prendre au jeu et emprunter chaque fois plus, pour acheter toujours davantage. Il suffit d'un problème financier en cours de route et on ne peut rembourser. Il ne reste alors plus que le recours au (yami kin). Yami signifie "la pénombre" et "kin" l'argent. Ce nom est celui de toute la galaxie d'usuriers et de prêteurs louches gravitant autour de la pègre japonaise. On peut voir leurs publicités, accrochées au bord des routes à fort passage. Le numéro à appeler est toujours un numéro de téléphone portable....

Pour ceux qui ne craignent pas pour leur intégrité physique et qui souhaiteraient observer de véritables yakuzas japonais, les bâtiments abritant les instituts de prêts (de la seconde catégorie plutôt que de la première), sont un bon endroit pour en voir. Le soir, ils viennent prendre leurs instructions et partent ensuite chez les mauvais payeurs pour récupérer un maximum d'argent....

Moralité : faites des économies avant de venir au Japon. Emprunter ici est soit très cher, soit dangereux.