Chroniques nippones - Irrégulebdomadaire

Numéro 19 - décembre 2001


 

Le Mont HakkusanÀ la montagne

Le Japon, pays tout en longueur, offre une variété de climats forts différents. Mais c'est aussi un pays tout en hauteur. Il n'y a pas que les plages, les grandes agglomérations urbaines et les campagnes constellées de rizières. Il y a aussi les montagnes.

Elles couvrent la plus grande partie du territoire nippon. De tous temps elles ont été regardées avec respect par les humains (respect d'autant plus grand que beaucoup étaient ou sont encore des volcans). En fait, il existe trois montagnes considérées comme sacrées par les Japonais et connues sous le nom de "nihon sanmeizan". Toutes les trois étaient autrefois des volcans.

La plus connue est sans aucun doute le Mont Fuji (au sujet de son nom cliquer ici). Culminant à 3'776 mètres de hauteur c'est la plus haute montagne du Japon. Elle est située sur la limite entre les préfectures de Shizuoka et Yamanashi, soit pas très loin de Tokyo. Le Mont Fuji a une superbe forme conique et il se dresse solitaire sans autres montagnes aux alentours. L'impression
de grandeur et de majesté qu'on a en le regardant est donc décuplée (photos ici). Aller voir le Mont Fuji vaut vraiment la peine.
Le caractère sacré de l'endroit est bien démontré par la présence d'un sanctuaire shintô, le Fujisan Hongû Sengen Jinja, dont le sanctuaire principal est dans la ville de Fujinomiya au sud du Mont Fuji. Si de nos jours beaucoup de personnes le gravissent pour le plaisir (on peut le gravir assez facilement. Ce n'est pas de l'escalade, plutôt de la randonnée), son ascension était jadis faite à titre religieux (et interdite aux femmes, considérées comme impures).
L'afflux de visiteurs a malheureusement donné lieu à toutes sortes d'horreurs : parkings pour les voitures, hideuses baraques vendant de la nourriture ou des souvenirs, "musées" sans lien avec la montagne mais profitant de l'afflux de visiteurs pour se faire de l'argent, etc.

La seconde montagne sacrée du Japon est le Mont Tateyama (photo). Ce nom désigne en fait une chaîne de splendides montagnes de plus de 3'000 mètres qui se dresse dans l'est de la préfecture de Toyama. D'ordinaire le nom sert à désigner l'ensemble constitué des monts Fujino-oritate, Dainanji-san et O-zan. Il inclut parfois (selon les sources) d'autres montagnes environnantes. Ce massif montagneux est considéré comme sacré car un jour le fils du gouverneur de Toyama, Aritomo était en train de chasser au faucon dans la montagne quand son oiseau s'envola. Il le suivit, s'enfonçant de plus en plus profondément dans les montagnes, lorsqu'il fut attaqué par un ours. Immédiatement, il décocha une flèche à l'animal qui s'enfuit alors dans une caverne. Suivant l'ours, Aritomo découvrit alors Amida Nyorai (un des Bouddhas) dont la poitrine saignait à la suite d'une blessure par flèche ! Amida lui dit alors "ouvre un sanctuaire ici et fais-toi prêtre".
De nos jours, une "route alpine" a été ouverte et le massif de Tateyama est un haut-lieu touristique. On peut ainsi traverser les montagnes (sans se fatiguer) de la préfecture de Toyama à celle de Nagano en utilisant bus, funiculaire et téléphériques. Comme au Mont Fuji l'afflux de visiteurs a conduit à diverses horreurs qu'il vaut mieux ne pas citer (c'est trop triste). Les possibilités de randonnées plus à même de faire profiter de la beauté de la nature et du calme existent cependant.

Enfin la troisième montagne est le Mont Hakkusan dans la préfecture d'Ishikawa (dont vous voyez le cratère en photo en tête de cet article). C'est la plus petite des trois (altitude 2'702 mètres). C'est peut-être aussi la mieux préservée de la folie des hommes même si récemment une "route alpine" a malheureusement été ouverte à proximité. Son ascension peut aussi se faire sans trop de problèmes, puisqu'il s'agit d'une marche de 6 heures (se méfier cependant des dangers propres à toute montagne). Comme au Mont Fuji un sanctuaire shinto est construit à proximité de la montagne.
J'ai beaucoup cherché, mais je ne suis pas parvenu à trouver pour quelle raison ou légende, la montagne était considérée comme sacrée. Si quelqu'un trouve la solution, merci d'avance...
Pour l'anecdote on notera que le nom Hakkusan se traduit comme suit : hakku = blanc, san = montagne, mont. La traduction est donc Mont-Blanc. Eh oui ! Le Mont-Blanc n'est pas unique. Il y en a un autre au Japon.

Comme mentionné plus haut ces trois montagnes sont d'anciens volcans. Les monts Fuji et Hakkusan sont d'ailleurs toujours considérés comme actifs par les géologues (car ils bougent de quelques millimètres chaque année) et les risques qu'ils entrent à nouveau en éruption ne sont pas inexistants.

Pour pouvoir voir où sont ces montagnes, il y a une carte du Japon ici.

 

À votre santé
Vous l'avez vu dans le numéro 13. Le Japon regorge de distributeurs automatiques dont la grande majorité vend des boissons sans-alcool. Si on peut trouver les mêmes que dans nos contrées (le Coca est bien sûr présent), l'eau minérale sans addition particulière est une absente de marque. On trouve des jus de fruits ou de légumes assez semblables aux nôtres, mais la plupart des boissons sont différentes, voire parfois carrément surprenantes et il peut être déconcertant de choisir de quoi s'hydrater.

Regardez par exemple le petit bonhomme pisseur à gauche. C'est la mascotte d'une boisson nommée "DAKARA" (ce qui veut dire en quelque sorte "c'est pour ça"). Cette boisson qui ressemble à de l'eau dans laquelle on aurait dilué un peu de peinture blanche n'a pas vraiment de goût (mais c'est loin d'être désagréable). Elle est destinée à redonner aux travailleurs qui s'alimentent mal tout ce dont ils ont besoin pour que leur corps fonctionne bien (d'où son logo en forme de coeur rouge).

Dans le même registre (mais proposée par un concurrent), on trouve Water Salad. Les Japonais (surtout ceux qui ont une courte pause de midi) se nourrissent de plus en plus mal (fast-food, nouilles instantanées, etc.). La publicité de cette boisson montre un salarié revenu de son repas de midi rapidement absorbé. Derrière lui 4 personnages représentant les piliers d'une alimentation saine portent une sorte de gros estomac. Soudain c'est le drame. L'un des 4 personnages s'effondre et l'estomac roule sur le salarié. Une coupure nous épargne le spectacle du pauvre homme mourant asphyxié et montre la boîte ci-contre en disant que Water Salad permet de préserver un bon équilibre. N'allez pas croire qu'il s'agisse cependant de jus de légumes et de fruits, c'est bien plus scientifique (qui a dit chimique ?) que ça.
Que choisir donc ? Pourquoi pas un peu de Pocari Sweat. Les anglophones sauront que "sweat" veut dire "suer" en français. Est-ce une boisson qui fait suer abondamment ? Non, c'est ce qu'on appelle une boisson isotonique. Après un effort elle permet de redonner au corps ce qu'il a perdu et ce dont il a besoin. Si cette mode est relativement récente en Europe, cette boisson est déjà ancienne au Japon. Son créateur a eu la géniale idée d'analyser ce qu'on perdait quand on suait et de synthétiser tout çà pour en faire une boisson. Résultat : elle a un petit arrière-goût de sueur (si, si) qui doit être la preuve que sa composition est réellement proche de la sueur humaine. Depuis que quelqu'un me l'a dit je le remarque toujours. Elle est aussi légèrement salée. Comme de la sueur quoi.
Poursuivant notre quête d'une boisson appropriée pourquoi ne pas essayer le café ? Les boîtes de café sont en effet nombreuses et portent toutes des noms plus ou moins évocateurs du sombre breuvage. Il y a même du café français (c'est son nom, pas son origine). Ne vous attendez cependant pas à retrouver le goût de votre espresso favori. Si certaines marques sont bonnes, c'est loin de ce qu'un européen moyen appelerait un vrai café. Il serait plus juste de parler de boisson au café.
Si c'est bon où est le problème ? C'est que l'on peut acheter du café en boîte chaud. La présence de la couleur rouge aux environs du bouton pour commander une boisson révèle à coup sûr qu'il s'agit d'une boisson chaude. La boîte est chauffée instantanément (un débutant peut donc croire qu'il s'agit de café froid) et elle est parfois très chaude ! C'est là qu'il faut faire attention, lorsque vous la prenez.
Au Japon, le mieux est peut-être de boire traditionnel. De très nombreuses variétés de thé vert (chaud ou froid) sont disponibles. Le goût peut être considéré par un palais occidental comme plutôt léger mais on s'y habitude rapidement. Autre avantage du thé vert, les boîtes sont faciles à reconnaître. La couleur verte y est en général dominante et pour peu que l'on apprenne à reconnaître le caractère japonais "cha" (thé) on les trouve à coup sûr.
Une règle de "survie" importante pourrait être de ne pas se fier aux noms des boissons. Il existe par exemple un café nommé "fire" qu'on pourrait supposer être plutôt corsé, de même que son cousin "super-fire", mais ils sont très normaux. Les noms d'origine anglaise (ou même parfois française) sont d'autant plus trompeurs que leur signification est loin d'être respectée. Regardez par exemple à droite la boîte de Green Black. Ça ne veut rien dire comme couleur du "Green Black". On voit bien cependant le caractère "cha" au milieu de la boîte. C'est donc quelque chose avec du thé vert.

Attention aussi à ne pas acheter par mégarde des boissons survitaminées, en général des petites bouteilles avec une description de la composition longues comme le bras. Elles sont destinées à soutenir les salariés assommés d'heures supplémentaires et de longs trajets dans les transports en commun.

Moralité : attention de ne pas vous brûler en prenant les boîtes de boissons chaudes. Essayer toutes les boissons bizarres du distributeur proche de votre domicile peut être amusant et les surprises vraiment mauvaises sont rares. Et si vous n'arrivez vraiment pas à faire votre choix dans les "soft drinks", il y a sûrement un distributeur de bière pas loin (et là pas moyen de se tromper).
Le Japon est décidemment plein de "choses différentes" de chez nous jusque dans des petits détails comme les boissons et c'est sans doute ce qui fait une partie de son intérêt.