


Le drama que j'ai suivi pendant
11 épisodes: "aiga shitai X 3" (c'est son nom).
Ce qui peut se traduire par "Je veux être amoureux(se)
X 3".
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Drama
Par notre délégué
aux drogues télévisuelles
Les diverses chaînes de télévision
japonaises, tout comme leur homologues européennes, proposent
des émissions en tous genres: jeux, débat, actualités,
sport, reportages, etc.
Selon une rumeur tenace, le plat favori de la ménagère
nippone serait le "drama". Qu'est-ce donc que cela?
Il en passe à toute heure de la journée. Certains
drama très populaires repassent plusieurs années après
leur première apparition à l'écran. C'est en
fait l'équivalent de notre feuilleton.
Il ne s'agit pas d'une série, puisque le nombre d'épisodes
est limité (entre une dizaine et une vingtaine en général).
Sa qualité ainsi que la vraisemblance du jeu des acteurs
peut varier fortement de l'un à l'autre. Ils se décomposent
principalement en deux groupes: les drama qui finissent bien,
et ceux qui finissent mal. Fait étrange on peut en général
prédire dès le début du drama à quelle
catégorie il appartient (^_^).
J'avoue volontiers une certaine répulsion
pour les divertissements de masse, ce qui sans doute rend mon
jugement sévère. Toujours est-il que les drama brillent
rarement par le réalisme de leur scénario. Le cadre
et les détails sont par contre très soignés.
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Prenons ainsi le cas du drama jugé
comme "le meilleur" par une personne qui m'est proche. Il
met en scène une jeune femme handicapée (mais très
sexy) qui ne peut pas marcher et se déplace donc en chaise roulante
ou en voiture. Elle est amoureuse d'un jeune homme, fort bien fait de
sa personne, qui exerce la sympathique profession de coiffeur. On sent
déjà le drama ciblé sur les jeunes. Hélas
pour leur bonheur, ils souffrent tous les deux de timidité maladive
et mettront plusieurs épisodes à s'avouer leurs sentiments
réciproques, le tout brouillé par plusieurs personnages
secondaires, plus inconscients du mal qu'ils font que réellement
méchants. Par exemple, les parents du jeune homme, représentés
par une mère seule qui porte toujours un kimono (symbole des
"vieilles" valeurs ?), n'approuvent pas son choix professionnel
(on s'en serait douté). Le drama se terminera par le triste décès
de la jeune handicapée (qui est tombée gravement malade
un ou deux épisodes avant la fin). Émouvant non ?
Dans beaucoup de drama les situations invraisemblables, qui n'ont aucune
chance d'exister dans la vie réelle ne manquent pas. Citons celui
où un père au foyer divorcé élève
seul son fils (il ne doit pas y avoir beaucoup de père au foyer
divorcés élevant seuls leur enfant au Japon). Ou celui
(attention l'explication est complexe) où suite à une
déplorable incartade amoureuse, une petite fille échappe
à la surveillance de sa mère et est tuée par un
détraqué. Le mari, pour se venger de sa femme adultère,
kidnappe alors l'enfant du détraqué (une petite fille
de quelques mois) et prétextant une adoption, la ramène
dans sa famille. Sa femme finira par se douter de quelque chose et apprendre
la vérité (toute l'action se déroule alors que
la fille "adoptée" a 15 ans et vient d'entrer au lycée,
elle n'est au courant de rien, mais épisode après épisode...).
Pour continuer cet édifiant tableau, un drama terrible de tristesse
où une jeune femme (une vingtaine d'années) souffre d'une
maladie incurable qui lui fait perdre peu à peu la mémoire
(de l'Alzheimer précoce ???). Malgré tout elle veut un
enfant, mais hésite beaucoup (plusieurs épisodes). Enfin,
pour terminer, dans la catégorie "les politiciens sont méchants",
voici "un terrible été" (c'est le nom
du drama). L'honnête secrétaire d'un politicien en vue,
découvre des malversations. Il se prépare à tout
annoncer à la police, mais des hommes de main sont déjà
sur sa piste. Fuyant dans les bas-fonds de Tokyo, il tombe sur une scène
d'incendie. Vite, il passe sa montre au poignet d'un cadavre atrocement
brûlé (on ne peut plus l'identifier) pour faire croire
à sa propre mort. Il sera contraint de vivre parmi les sans-abri,
ne pouvant plus contacter sa femme et sa petite fille qui le croient
mort. S'il les contacte il risque en effet de donner l'alerte aux terribles
hommes de main ! Heureusement, comme on pouvait s'y attendre, les sans-abri
sont de très braves gens et ils lui donneront un bon coup de
main pour se tirer d'affaire (j'ai suivi un seul épisode, je
ne peux pas vous en dire davantage).
Pour me rendre compte par moi-même,
j'ai suivi pour vous un drama de 11 épisodes appelé "aiga
shitai X 3" (peut-être parce que les personnages principaux
semblent être 3 ?). Le rythme plutôt lent de l'intrigue
et le côté "politically correct" des personnages
permet à une personne n'ayant pas encore une maîtrise parfaite
du japonais de le suivre sans problèmes. Il contient quelques
éléments typiques des drama. Ainsi un des personnages
est professeur de lycée. Le professeur de lycée semble
être un personnage récurrent des drama. Il travaille dans
un lycée pour jeunes filles. Le lycée pour jeunes filles
est lui aussi un lieu récurrent des drama. Un autre personnage
masculin est écrivain. Ce n'est pas le premier écrivain
que je croise dans un drama ;-). Du côté des filles on
a une employée d'un hôtel et une "freeter" (voir
numéro 15 des
Chroniques-Nippones). On notera encore la présence d'un lycéen
(il a des problèmes avec ses parents) et d'une lycéenne,
d'une mère de famille (que son mari, personnage tout à
fait cynique, trompe allègrement) et du gérant d'un restaurant
d'une chaîne très répandue au Japon (vous noterez
donc l'habile publicité glissée dans le drama).
Malgré tout, ce drama contient des
éléments montrant bien les changements sociaux du Japon
moderne. La "freeter" refuse ainsi de se laisser entraîner
dans une carrière jouée d'avance dans une grande entreprise.
Les deux individus qui l'interviewent sont d'ailleurs dépeints
comme d'abominables machos. Ils lui demandent notamment pourquoi elle
veut travailler alors qu'elle est jolie et peut donc se marier facilement
! La mère de famille, finit (en 11 épisodes) par se rendre
compte que son mari la trompe (épisode 7) puis par trouver le
courage nécessaire pour divorcer (dernier épisode) laissant
ses deux enfants (qui sont tout à fait égoïstes) à la
charge de son mari. Elle retrouve sa liberté ! Quant au professeur,
il finit par se faire licencier pour avoir envoyé ses élèves
faire des travaux pratiques en ville (on connaît l'influence pernicieuse
des villes sur les jeunes filles) plutôt que de les garder enfermées
en classe. Au dernier épisode, ses élèves finiront
par obtenir sa réintégration dans le lycée.
Alors ? Est-ce vrai ? Les ménagères
raffolent-elles de ce genre de choses ? Je me suis livré à
un sondage atrocement non-représentatif, sur deux ménagères
nippones que j'avais sous la main. L'une a environ 50 ans, elle se passionne
pour les drama policiers. Elle est en effet capable d'en regarder des
quantités respectables. Regarder n'est pas cependant le terme
exact puisqu'elle se livre à diverses activités tout en
jetant un oeil dessus de temps à autre. L'autre ménagère
a environ 30 ans (c'est la fille de la première). Elle a ses
drama favoris (dont un terrible été). Elle en suit
sérieusement trois par semaine, enregistrant en video les épisodes
qu'elle ne peut pas regarder.
Moralité: comparés à
nos feuilletons, les drama sont souvent mieux réalisés.
Les réalisateurs n'hésitent pas à les mettre en
scène dans des endroits célèbres, touristiques
ou très spectaculaires. Le souci du détail dans les professions
des protagonistes les rend intéressants à suivre pour
un étranger. Par contre du côté du scénario
c'est tout aussi invraisemblable que les feuilletons européens,
voir davantage, surtout dans les situations familiales présentées,
souvent simplement inexistantes au Japon. Si les drama présentent
parfois des éléments tout à fait révolutionnaires:
la femme qui décide de divorcer, le jeune homme prenant en mains
son avenir lui-même, etc. ils reproduisent la plupart du temps
les schémas traditionnels: la mère est au foyer, le père
travaille, les enfants étudient.
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Au théâtre
Par notre délégué aux
affaires culturelles
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On
reste dans les divertissements, mais dans un tout autre registre
que le précédent. Voici, venu du fond des âges
le théâtre Nô japonais. Tout le monde en a
entendu parler, mais rares sont ceux qui l'ont réellement
vu. Parmi les étrangers
bien sûr, mais parmi la population japonaise aussi. Il a
la réputation d'être terriblement hermétique,
ennuyeux, voire carrément barbant. Qu'en est-il vraiment?
Pour commencer, il faut savoir que Kanazawa est connue comme une
ville où la tradition du Nô continue à s'épanouir.
Cela remonte à l'ère féodale. Le seigneur
Maeda était à la tête de la deuxième
fortune du Japon, derrière le Shogun. Le Shogun ayant strictement
limité les dépenses militaires de ses vassaux (pas
fou le Shogun), M. Maeda avait plein d'argent à dépenser.
Il l'utilisa notamment pour soutenir le développement du
Nô. Contrairement au théâtre Nô actif
dans d'autres régions du Japon et spécialement prisé
des artistocrates, le théâtre Nô de Kanazawa
était aussi apprécié des citoyens moyens.
Le style qui s'est développé ici fut appelé
le style Kaga Hôshô.
Un théâtre Nô est
un peu différent différent
d'un théâtre usuel. La scène est surmontée
d'un toit et toujours décorée uniquement d'une peinture
représentant un pin. C'est un rappel de l'époque
où le Nô se jouait en plein air. Comme prévu
à première vue, cela semble assez formel. Le choeur
et divers musiciens entrent par une petite porte dissimulée
dans le mur et prennent place. Enfin, il faut comprendre qu'ils
s'asseyent à la japonaise aux emplacements prévus.
Première surprise (pour un spectateur non-averti), une
pièce de Nô est traditionellement précédée
d'une pièce de Kyôgen. Le Kyôgen est un art
théâtral voisin du Nô. Il en est en quelque
sorte la face comique, tandis que le Nô en est la face dramatique.
Le Kyôgen est assez vivant et amusant. Avec mon niveau (somme
toute plutôt moyen) en japonais et le document en anglais
reçu à l'entrée du théâtre,
j'ai réussi à comprendre une bonne partie de ce
qui se disait.
Vient ensuite le Nô proprement dit. Comme c'est davantage
chanté que parlé et de plus dans une forme de japonais
ancienne et poétique, le comprendre tient de la gageure.
Les Japonais aussi ne comprennent pas en général.
Plusieurs spectateurs avaient une sorte de script (en japonais)
retranscrivant les paroles des acteurs et les "traduisant"
en japonais commun, tout en donnant des éléments
permettant de suivre l'action. Le jeu des acteurs est en effet
hautement stylisé. Chaque geste et chaque posture ont leur
signification. Pour suivre une pièce de Nô dans de
bonnes conditions, il convient donc de s'informer au maximum.
Un travail d'approche doit être effectué, sinon ça
doit effectivement être fort peu intéressant. À
notre siècle de consommation immédiate et facile,
pareil art est plutôt à contre-courant!
Le Nô évite le plus souvent volontairement les ficelles
dramatiques usuelles. Thème et dramaturgie sont extrêmement
simples. Il s'agit bien souvent d'une seule émotion, qui
est exprimée crescendo par l'acteur principal. Le tout est
accompagné par un petit orchestre composé d'une flûte
et de quelques tambours. Un choeur est aussi là pour apporter
sa voix à l'ensemble.
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| Nô et Kyôgen écrits
en caractères japonais. Si vous voulez en apprendre davantage
sur le Nô, appuyez sur l'un des deux caractères. |
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