Chroniques nippones

Numéro 12 - mai 2001


 

  Les cerisiers en fleurs
       Par notre délégué aux festivals 

"Encore un festival" penseront ceux qui ont lu les numéros 0, 1 et 11 des Chroniques précédentes. Oui, encore un festival, mais celui-ci est spécial. Il n'a en effet en général pas de date fixe et se tient à l'échelle nationale ! 

Connu sous le nom de hanami, il consiste à célébrer les fleurs en général et celles des cerisiers en particulier. Des excursions et des pique-niques sont organisés pour aller les admirer. À certains endroits du Japon des fêtes sont tenues à des dates précises fixées selon l'ancien calendrier lunaire. Mais en général c'est quand on veut (du moment qu'il y a des fleurs). Les fleurs et leur célébration ont tenu une place importante dans la littérature, la danse et les beaux-arts au Japon. Aujourd'hui les chaînes de radio et de télévision publient des bulletins réguliers avertissant la floraison des cerisiers. Les endroits les plus populaires pour admirer les cerisiers en fleurs sont Yoshinoyama dans la préfecture de Nara et le parc d'Ueno à Tokyo. 

Le Japon ne manque pas d'endroits pour admirer les cerisiers. Comme le pays est tout en longueur, la floraison s'échelonne de mars à mai. Les fanatiques du hanami peuvent donc occuper une grande partie de leur temps libre. Faire la fête sous les cerisiers en fleurs est réellement très populaire. Chacun attend cette période de l'année avec impatience. Chaque ville, chaque village, a quelque part une alignée de cerisiers. Les cerisiers japonais sont connus sous le nom de sakura. Il en existe d'ailleurs plusieurs variétés. 

En quoi consiste donc une "hanami-party", fête des cerisiers en fleurs ? Si j'en juge par ce que j'ai pu voir, elle consiste en l'absorption d'un maximum de nourriture et de boissons (alcoolisées souvent) sous les cerisiers en fleurs (qui n'en demandent pas temps). Il n'est pas rare d'apercevoir des buveurs effondrés sous leur arbre pour avoir trop célébré. Une autre forme de célébration consiste à prendre des photos (tous les Japonais sont-ils fous de photos ?). Au parc de Kenrokuen à Kanazawa par exemple, de nombreux ojisan (soit des hommes d'âge mur ou avancé), munis d'appareils photos et d'objectifs tous plus gros les uns que les autres sont agglutinés autour des cerisiers pour prendre LA photo de LA fleur parfaite. 

Au début du mois de mai (le 5 mai) se tient le festival des garçons. Le festival des filles se tenait le 3 mars (voir numéro précédent). Il consiste à planter un mat devant sa maison, au sommet duquel on attachera des cerfs-volants en forme de carpes (koi nobori). La carpe japonaise, connue sous le nom de koi, est en effet un symbole de virilité. Dans la maison le tokonoma sera décoré avec un casque, une armure et un sabre de samouraï (symboles de force, de courage, etc.). Ces objets étant particulièrement chers, ils sont souvent remplacés par des versions décoratives réduites en taille comme en prix. Passé le 5 mai, tout est rangé bien sûr, mais je n'ai pas eu connaissance du même type de problème que celui qui attend les filles dont les poupées n'ont pas été rangées après le 3 mars (voir numéro précédent).

Lire encore dans la rubrique textes, un texte sur le sujet écrit en français par une Japonaise.

 

 

Shinto 
Par notre spécialiste des affaires religieuses    

"Le shintoisme est la religion indigène du Japon (contrairement au bouddhisme "importé" d'Inde via la Chine). On en trouve la première mention dans un écrit de l'an 720 (après J.-C.)" nous apprend l'encyclopédie du Japon. Mais ça consiste en quoi au juste ? 

Tout d'abord où cette religion est-elle célébrée ? Elle l'est dans des sanctuaires shinto (voir photos "Le sanctuaire shinto"). Un sanctuaire shinto est en général situé près de la source d'une rivière au pied d'une montagne. Il est entourée d'une enceinte. L'entrée en est marquée par un torii, un portique sacré. 

On y rend grâce aux kami. Le mot kami est traduit par déité ou dieu ou parfois encore divinité. Le panthéon shinto consiste en yaoyorozu no kami (800 myriades de divinités). Les phénomènes naturels, le vent, le soleil, la lune, l'eau, les montagnes, les arbres, etc. sont des kami. Certains kami sont des ancêtres divinisés ou des figures illustres du passé. Jusqu'en 1945 les empereurs étaient aussi considérés comme des kami.

Chaque kami a une force appelée tama, qui est l'objet de l'activité religieuse et qui peut être violente ou paisible. Le tama est la force qui supporte toute la vie. Chaque être humain en contient un peu et lorsqu'il meurt elle s'en va. Le tama d'un kami est appelé lors des cérémonies pour écouter les prières de la communauté et répondre à ses souhaits. On lui offre ensuite de la nourriture, le prie encore puis le renvoie. Durant cette cérémonie, le tama du kami prend possession d'un objet sacré conservé dans le sanctuaire hors de la vue de tous (mis à part les cas d'arbres sacrés, qui sont un peu trop gros pour être conservés à l'abri des regards). Un autre aspect important est la purification. On doit d'une part éviter les éléments impurs et d'autre part se purifier après un contact avec des éléments impures (citons parmi les éléments impurs : la mort, la maladie, le sang. (Il y en a sûrement d'autres)). C'est pour cette raison que certains endroits considérés comme sacrés furent longtemps interdits (comme l'accès au Mont Fuji). De nos jours encore certains endroits ne peuvent être visités par tout le monde.

Et qui croit au shintoisme ? En fait tout le monde. Le shintoisme est un assemblage de croyances, coutumes et attitudes propres à chaque communauté (de la plus petite, une famille à la plus grande, le pays entier). Quand on visite un sanctuaire shinto, on commence par se laver les mains et la bouche (purification) avant de continuer sa visite. Devant le bâtiment principal, se trouve toujours une caisse pour les offrandes et une sorte de gong. On jette un peu d'argent dans la caisse et sonne du gong avant de frapper deux fois dans ses mains (pour attirer l'attention du kami) et de formuler sa demande. Les kami étants très nombreux, les sanctuaires ont tous une spécialité. Certains accueillent ainsi de nombreuses demandes de réussite d'examens, d'autres sont réputés pour protéger les automobiles des accidents, réussir un mariage, trouver des clients. Bref on trouve tout ce qui est nécessaire. L'important est de ne pas se tromper de sanctuaire quand on fait sa demande.

Les sanctuaires shinto ne sont aucunement soutenus par l'état. Ils font donc payer les divers services qu'ils offrent. Je citerai la purification des terrains comme exemple. Pas loin de chez moi, une vieille baraque a été détruite pour faire place à une construction neuve. Le prêtre shinto local a été appelé pour mener une cérémonie afin de chasser tous les mauvais esprits qui pouvaient demeurer sur ce terrain et le bénir pour les prochains occupants. Il paraît qu'avant de construire quelque chose, tout le monde passe par ce rituel. De même lors de l'inauguration de ponts, tunnels, etc. un prêtre shinto est appelé pour bénir le tout.

Le shintoisme est un sujet très vaste et intéressant, et les quelques lignes ci-dessus ne sauraient le résumer que sommairement.