Chroniques nippones - Irrégulebdomadaire

Numéro 11 - avril 2001


 
Le festival des poupées
Par notre délégué aux festivals

Ceux qui ont lu tous les documents précédents (pour les autres lire le numéro 0 des chroniques) savent que le Japon est riche en festivals de toutes sortes. Si certains sont locaux, d'autres sont nationaux. Il en est ainsi du festival des poupées. Et non, il ne s'agit pas des "poupées" au sens où l'entendent les dragueurs professionnels mais bien des jouets (je vois une lueur s'éteindre dans les yeux de certains lecteurs et s'allumer dans les yeux de certaines lectrices ;-). Ce festival a lieu le 3 mars (comme toujours des variantes régionales diverses existent). 

Il est tenu en l'honneur des filles. Je n'ai pu savoir jusqu'à quel âge on était encore considérée comme une fille. Il faut savoir qu'au Japon une femme n'est considérée comme une femme (au sens social du terme) que lorsqu'elle est mariée. Ne criez pas à la phallocratie mesdames, c'est pareil pour les hommes. Pour le festival on place quelque part dans la maison où ça se voit bien (les maisons qui disposent encore d'un tokonoma les placent là), par exemple dans le vestibule d'entrée ou au salon, des poupées connues sous le nom de poupées hina, qui représentent l'empereur, l'impératrice, leur suite et leurs musiciens, tous en anciens habits de cour (pour voir plus de photos). 

La famille célébrera le festival en mangeant des hishimochi (gâteaux mochi en forme de losange) et en buvant du shirozake (sake fait de sake et de malt de riz, plutôt doux). Les poupées hina modernes semblent être le fruit de la combinaison de deux éléments bien différents. D'une part des poupées utilisées jadis comme bouc émissaire dans des rituels de purification (on charge la poupée de ses diverses fautes), d'autres part, des poupées en papier avec lesquelles les filles de la période Heian jouaient (voir l'index sous P pour les périodes historiques). Ces poupées sont également connues sous d'autres noms comme Joshi no sekku, Momo no sekku ou Sangatsu sekku. Il existe aussi des wagashi (pâtisseries nippones) particuliers pour ce festival. 

Au cas où vous désireriez faire la même chose pour vos propres filles, il est un détail capital qu'il faut absolument connaître ! Le 3 mars, à la fin du festival, les poupées doivent être rangées sans tarder, sinon les filles tarderont à se marier. Je n'ose imaginer ce qui se passe dans le cas de poupées qu'on n'aurait même pas sorties de leur armoire. Aujourd'hui la tradition du hina matsuri (matsuri = festival) se perd de plus en plus. Les poupées ne sont pas sorties de leur placard ou rangées très en retard. Et bien les statistiques le prouvent ! Les Japonaises se marient de plus en plus tard. Il faut donc croire qu'il ne s'agit donc pas que d'une vieille légende.

Un bref sondage auprès des jeunes Japonaises que je connais (qui ont toutes entre 20 et 30 ans) m'a montré que la plupart de leurs mères avaient négligé de sortir les poupées de leur boîte. Certaines mères ne se rendent pas compte des dangers qu'elles font courir à leurs filles. À noter le cas d'une mère qui n'a que des garçons (et que je salue au passage) mais qui a quand même placé des poupées dans le salon parce qu'elle trouve ça joli. Je vais suivre de près le cas d'une de mes amies (25 ans et tout à fait charmante), qui a scrupuleusement placé les poupées à la date prévue et à l'endroit prévu. Si la légende est véridique elle devrait être la première a se marier. Je promets de vous tenir au courant.

Terminons en signalant que les garçons auront droit en mai à leur festival, nettement plus viril ;-)
 

Kimono
Par notre spécialiste des questions vestimentaires


(En photo, motif de kimono yûzen). C'est bientôt l'arrivée de la belle saison et l'heure de remettre à jour sa garde robe. Alors pourquoi pas un kimono ? Vous pouvez être sûr(e) d'épater la galerie si vous vous pointez à votre prochaine fête (ou au bureau, effet garanti) en kimono. Le kimono est un des éléments du Japon qui nous fait le plus rêver. On imagine plein de belles Japonaises en kimono, ou des samouraïs en train de parader. Qu'en est-il vraiment ?

Tout d'abord il faut savoir qu'il n'y a plus grand monde qui porte encore le kimono. On croise parfois à Kanazawa des vieilles dames ou des vieux messieurs, encore vêtus de leur kimono, on peut aussi apercevoir le personnel de certains restaurants ou magasins traditionnels, accueillant le client en kimono. Rarement quelques élégantes vêtues d'un kimono, en train de faire du shopping ou une excursion. Pourquoi porte t'on si peu le kimono ? Pour deux raisons essentielles. La première est qu'un kimono est en soi-même quelque chose de très simple. Juste une sorte de grand morceau de tissu, MAIS c'est difficile à mettre correctement, si l'on ne veut pas ressembler à une sac de patates (surtout les filles, leurs kimonos sont jolis mais durs à mettre). Il n'y a donc plus grand monde qui sache comment mettre un kimono correctement. La deuxième raison c'est le prix. Le prix d'un kimono neuf va de 100'000 yens à 1'000'000 de yens selon le type de kimono. Ce n'est donc pas à la portée de toutes les bourses. 

Pour les mariages ou certaines grandes occasions (par exemple les cérémonies de fin d'études) on préférera donc louer des kimonos plutôt que les acheter. Pour ces occasions, on prendra soin d'avoir sous la main une grand-mère qui sait encore comment enfiler un kimono. Sinon il faudra louer les services d'une spécialiste (ça coûte aussi son pesant de yens). Si vous êtes amateur de kimonos, faites vous inviter à un mariage ou promenez vous au Japon vers la fin mars. Si vous avez de la chance, vous pourrez admirer les étudiantes allant chercher leur diplôme en kimono (je me souviens avoir pris le métro à Kyoto à cette période de l'année. Le spectacle était tout bonnement magnifique). 

Pour acheter (ou simplement admirer) un kimono, la ville de Kyoto est sans doute un endroit où le choix est vaste, mais il existe beaucoup d'autres endroits qui produisent leurs propres type particulier de kimono. Kanazawa n'est d'ailleurs pas en reste, puisque le fameux Kaga Yuuzen est produit tout près. Il existe d'ailleurs à Kanazawa un grand nombre de magasins et ateliers de kimonos et un défilé-vente de kimonos est organisé chaque année dans un grand hôtel local. Si vous voulez maintenant en savoir plus sur les kimonos cliquez là en-dessous sur les deux kanji (attention la page des kimonos comprend de nombreuses images et peut prendre du temps à charger). Pour celles (et ceux) qui n'ont pas l'opportunité de porter un kimono souvent ;-) mais qui en admirent la beauté, il existe aussi des sacs à main (faits pour être portés avec des kimono) fabriqués avec les mêmes tissus et techniques. Encore meilleur marché et encore plus utiles, des mouchoirs en tissu, faits avec les morceaux de tissu pas utilisés lors de la fabrication d'un kimono. Le choix est vaste, si vous voulez plus de renseignements à ce sujet n'hésitez pas à m'envoyer un mail