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Les pièces de Nô (4/4)

Les pièces de Nô sont classées en cinq groupes, dans un programme formel de pièces, une pièce de chaque groupe est jouée dans l'ordre (1er groupe, 2ème groupe, etc.). Le répertoire total, tous groupes confondus, comprend environ 240 pièces.

Le premier groupe est connu sous le nom de Waki Nô, c'est à dire pièces des dieux. Elles sont en deux actes. Dams le premier le shite raconte l'origine d'un temple ou d'un sanctuaire. Et dans le second le shite interprète le dieu du-dit sanctuaire.

Le deuxième groupe s'appelle Shura Mono, qu'on pourrait nommer en français pièces des fantômes. Les pièces présentent en général des guerriers issus du clan Genji-Heike qui ont tué quelques ennemis fameux, mais son mort durant la bataille et son allés en enfer. En général le fantôme du guerrier (joué par le shite) raconte à un prêtre (joué par le waki) l'histoire de sa dernière bataille puis lui demande de prier pour son âme. Il s'agit presque toujours de guerriers qui étaient dans le camp des perdants. Ils sont tirés d'histoires classiques anciennes japonaises comme le Heike Momogatari ou le Gempei Seisui Ki.

Le troisième groupe se nome Katsura Mono. Le shite y interprète des belles femmes de la période Heian, la plupart d'Entre elles tirées d'histoires classiques anciennes comme le Ise Monogatari ou le Genji Monogatari. L'accent est mis sur la musique, les costumes magnifiques et des danses gracieuses. Les pièces du troisième groupe sont le pinnacle artistique d'un programme de Nô complet. Ce sont celles qui sont le plus typiquement Nô (si l'on peut dire cela ainsi) : élégantes et belles.

Le quatrième groupe inclus une grande variété de sujets différents. Ils incluent tous des personnages souffrant à des degrés divers d'une folie ou d'un dérangement mental. Les pièces les plus connues présentent des mères rendues folles par la mort de leur enfant. Le groupe est donc appelé Kyôjo Mono (soit "pièces de femme folle"). De toutes les pièces ce sont celles qui sont les plus dramatiques et les plus vivanets sur scène. Ce sont aussi les plus faciles à suivre et à comprendre. Plusieurs ont d'ailleurs servi de source pour des pièces de Kabuki.

Enfin le cinquième groupe se nomme Kichiku Mono ("pièces des démons"). Le shite y apparaît au premier acte sous forme humaine, puis révèle sa forme véritable, démon ou diable, dans la seconde scène. Certaines mettent en scène des démons maléfiques, d'autres des démons bénéfiques. Dans les pièces incluant des démons maléfiques, le démon est toujours battu par un humain à la fin de la pièce.

Deux exemples

À titre d'exemples voici le résumé des deux pièces que j'ai vues. Une de Kyôgen et une de Nô. Le tout a duré un peu moins d'une heure et demie (sans entracte). Le prix unique d'un billet était de 1000 yens.

Bonsan (pièce de Kyôgen)
Un homme est très énervé par l'un de ses amis qui refuse de lui donner un bonsaï. Une nuit il décide d'entrer dans la maison de son ami et de voler un ou deux bonsaï. Ne pouvant entrer par la porte de devant (solidement fermée) il scie un passage dans la clôture de bambou de derrière et arrive dans le jardin où se trouvent de nombreux bonsaïs. Alors qu'il examine les bonsaï, son ami arrive, sabre au clair ayant entendu un bruit suspect. Le voleur se cache derrière un bonsaï. Le propriétaire reconnaît cependant son ami mais décide de lui donner une bonne leçon. Il crie alors qu'il pense que ce n'est pas un voleur mais un chien. Son ami, pour donner le change imite alors le chien. Le propriétaire continue en disant que ce n'est pas un chien mais un singe. Son ami fait alors force mimiques simiesques pour essayer de le convaincre qu'il a raison. Enfin, le propriétaire décide de faire faire quelque chose d'impossible à son ami. Il dit alors que c'est un poisson . Le voleur utilise alors son éventail pour simuler la nageoire arrière d'un poisson. Le propriétaire insiste en disant qu'un poisson dans pareille position crie toujours. Le voleur n'ayant jamais entendu le cri d'un poisson, il finit par s'enfuir en cirant "poisson, poisson, ..." poursuivi par son ami.

Tamakazura (pièce de Nô)
Un prête est en route pour prier au temple Hase à Hatsuse. Une femme arrive sur un petit bateau sur la rivière Hatsuse et pleure sa solitude en se remémorant le passé. Le prêtre l'appelle et la console. Elle va alors également prier au temple Hase. Tout en cheminant elle admire le magnifique spectacle des feuilles d'automne mouillées par la pluie. Elle emmène ensuite le prêtre jusqu'au cèdre où la fille unique de Yugao, Tamakazura et le serviteur Ukon se réunirent près de vingt ans après la mort de Yugao (ce point est tiré du Genji Monogatari). La femme est en fait Tamakazura et elle se met à pleurer à nouveau.
Tamakazura apparaît au prêtre en train de prier et lui dit que sa tristesse est causée par la nostalgie qu'elle a dans son coeur. Après avoir dit la vérité sur ses sentiments, elle peut enfin retrouver la sérénité.

 

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