Les algues en sursis
Par notre délégué aux organismes marins
Les
Japonais ne consomment pas que du poisson. Ils tirent aussi des algues
de la mer. Le konbu (varech) par exemple est utilisé par
la ménagère nippone pour faire du bouillon dans beaucoup
de plats, comme le cube instantané par la ménagère
occidentale.
Mais une des principales formes sous laquelle les algues sont consommées
ce sont les nori. Les nori ressemblent à du papier
vert. Très fins, ils sont coupés dans diverses tailles
et formes selon l'utilisation que l'on compte en faire. Sur la photo,
on voit par exemple des nori de grand format pour réaliser
des te-maki zushi.
Les nori sont obtenus par culture d'une algue. Des sortes de
filets à mailles très larges (pas de danger pour les poissons
;-) sont installés à portée de la surface. Lentement
mais sûrement, les algues s'y installent et grandissent. Après
un certain temps, il n'y a qu'à tirer le "filet" et
à récolter les algues déposées dessus. Jadis
elles étaient mises à sécher sur des rochers et
aplaties pour obtenir des feuilles. De nos jours le procédé
est bien sûr industriel. La culture par contre se fait toujours
en pleine mer.
C'est là que le bât blesse. Une région produisant
depuis des siècles des nori réputés et en
quantité est la mer d'Ariake, sur l'île de Kyûshu,
à proximité de Nagasaki. Or une autre tradition japonaise
(pratiquée depuis l'ère Edo) vient interférer. C'est
la prise de terrains sur la mer. Les Japonais ont l'habitude de creuser
un bout de montagne, de mettre les déblais dans la mer (de préférence
dans une baie) et de gagner ainsi du terrain, très précieux
dans un pays où les endroits constructibles se font de plus en
plus rares et valent de plus en plus chers.
Pour protéger des inondations et des tempêtes un projet
de cette sorte en cours de réalisation, une grande digue de béton
de 7 kilomètres de long a été construite dans la
baie d'Isahaya.
Les portes de la digue ont été fermées en grande
pompe et tout le monde pensait que tout allait aller pour le mieux.
Les promoteurs immobiliers se réjouissaient déjà
des nouveaux terrains qu'ils pourraient utiliser pour spéculer.
Mais depuis la fermeture de la digue, la production de nori dans
la mer d'Ariake a cruellement baissé. La plupart des pêcheurs
d'algues sont maintenant dans les chiffres rouges et luttent pour leur
survie.
De querelles d'experts en rapports de gouvernement, on en est finalement
arrivé à la conclusion que la fermeture de la digue avait
perturbé le flot des courants dans la baie, causant ainsi une
croissance anormale du plancton provoquant une diminution de la pousse
des algues. Les pêcheurs ont donc réclamé l'ouverture
de la digue. Ils ont manifesté à plusieurs endroits et
ont même forcé le passage à l'intérieur du
Ministère de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche.
Ils est rare que des Japonais manifestent mais quand ils sont determinés
(dans ce cas leur survie en dépend), ils le font sans faillir.
Les manifestations gardent cependant un caractère ordré
et organisé typiquement japonais, avec des groupes défilants
en rangs serrés et hurlant en choeur des slogans lancés
par une sorte de maître de cérémonie.
Certains experts ont prédit que l'ouverture de la digue va causer
de nouveaux problèmes, puisque l'eau retenue derrière,
fortement polluée car ne circulant plus, va se répandre
dans toute la mer d'Ariake. Le gouvernement a cependant cédé
à la pression populaire, d'autant plus que le prix des nori partait
à la hausse, la pénurie menaçant. De nombreux magasins
et commerces qui se fournissaient en Chine, où le nori est bien
meilleur marché, s'apprêtaient à en importer encore
plus.
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La mode
Par notre spécialiste des questions vestimentaires
Le
Japon est sans aucun doute l'endroit au monde où la mode évolue
le plus vite. Je ne parle pas ici de la haute-couture ou des défilés
de mannequins émaciés et squelettiques sur lesquels un créateur
cocaïnomane a jeté quelques hardes savamment déchirées
(que les créateurs de mode qui lisent ces lignes me pardonnent,
je ne pense pas à eux mais bien sûr à leur concurrent).
Je parle de la mode de tous les jours, de ce que les gens portent dans
la rue.
À Tokyo, il paraît que la mode change plusieurs fois, tandis
que dans le reste du monde elle ne change qu'une fois pendant la même
période. (Presque) Tout le monde a entendu parler des ganguro,
ces jeunes Japonaises qui se bronzent et se maquillent avec un sens
certain de l'excès. Tout le monde sait aussi que les Japonais(es)
raffolent des produits de marques célèbres. Mais qu'en
est-il dans la réalité ? On ne croise donc que des ganguro
habillées par une grande marque ? La réalité est
bien sûr tout autre. Je vais tenter de vous en donner un aperçu.
Il ne s'agit que d'un aperçu basé sur les spécimens
à portée de main, tous ceux que je croise dans la rue
et un paquet de magazines féminins. Pareille recherche ferait
frémir d'horreur tout sociologue diplômé, mais elle
nous suffira ;-) Cette "enquête" a été
réalisée en juin 2001. D'ici quelque mois la mode aura
sans doute déjà changé.
La jeune (disons de 18 à 30 ans) Japonaise relativement typique
se teint les cheveux. S'il y a quelques années la teinture était
la marque des excentriques les plus extrêmes, elle est devenue
la règle. Dès qu'elle a quelque argent à sa libre
disposition, la jeune Japonaise se teint les cheveux. Tous les tons
de bruns sont représentés. En général cela
varie de quelques mèches légèrement brunies, à une
belle chevelure cuivre. Le blond reste encore la marque des excentriques.
Il est difficile de trouver une jeune Japonaise qui porte sa couleur
naturelle.
Point de vue habillement, le critère principal est que ça
doit être "kawai". Que veux dire "kawai" ?
C'est une notion très importante à saisir pour bien comprendre
les choix d'une Japonaise. "Kawai" se traduit par mignon.
Quelque chose de beau n'est pas forcément "kawai", de
même quelque chose de "kawai" n'est pas forcément
beau. Vous conviendrez que "mignon" et "beau" n'ont
en effet pas exactement le même sens et sont subtilement différents.
Donc il faut des habits (et des chaussures, et des sacs, et des accessoires
en tous genres) "kawai". La priorité ira aux couleurs
voyantes et très flashy. Une grande différence avec les
goûts européens est que le sens de la mesure ne semble pas
exister. Ça peut parfois être très très voyant
et très très flashy. Autre détail, les pulls, T-shirt
et autres vêtements portent souvent des inscriptions en anglais
ou en français tout à fait délirantes (mais c'est
pareil en Europe, les T-shirts avec des kanji inscrits dessus ont souvent
des sens assez fous).
Selon le degré de la teinture et de la "visibilité"
de l'habillement, la jeune femme pourra être qualifiée
de "garu" (prononcer gaallou). Ce mot vient de l'anglais "girl".
La frontière entre la femme et la "garu" semble fluctuante
et plutôt floue. Un bon exemple de "garu" totale est
Mlle Ayumi Hamasaki, une chanteuse connue au Japon (dont la photo orne
cet article). Vous constaterez que sa teinture ne laisse aucune place
à sa couleur naturelle, de même son maquillage parfait
(admirez le contour des yeux) doit lui avoir pris pas mal de temps.
C'est définitivement une "garu". Des "garu"
100 % comme celle-ci sont rares, pas plus de 5% des jeunes femmes.
Côté jeunes hommes, la mode est plus difficile à
cerner, mais LA coiffure qu'il faut avoir est le genre "savamment
ébouriffé". Là, encore, la teinture est utilisée
plus ou moins fortement. Les couleurs sont par contre nettement moins
vives. Il n'existe pas à ma connaissance (jamais entendu) de
qualificatif précis pour cela. Le terme "boy" n'est
pas utilisé. Comme dans le monde entier, ce sont les femmes qui
font et défont les modes plus que leurs équivalents masculins.
Les réfractaires aux modes existent bien sûr. Les réfractaires
aux marques surtout. Car une Japonaise mal coiffée ou mal habillée
(de son propre point de vue, pas du vôtre, même si vous ne
trouvez pas çà beau), c'est rare. Pour davantage d'informations
sur le sujet, rendez-vous à la rubrique "Textes" et
découvrez-y le point de vue de deux Japonaises. Vous pouvez également
appuyer sur le mot "fashion" (en caractères japonais
ci-dessous) pour découvrir un mini-dossier sur le sujet avec de
nombreuses photos.
Pour conclure, il paraît que la mode des ganguro est en train
de disparaître. En province (comme à Kanazawa) elles n'étaient
déjà pas nombreuses, mais je n'en ai plus vu depuis plusieurs
semaines. Si quelqu'un qui habite Tokyo lit ces lignes, merci de jeter
un coup d'oeil dehors et de confirmer ou infirmer mon propos. Autre
anecdote, l'enseigne (faite de lettres en fer forgé visées
dans un bloc de béton) du magasin Gucci de Kanazawa a été
volée (il y a quelques mois). Depuis, chaque soir les employés
placent dessus une sorte de protection en fer qui est lourdement cadenassée.
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