Chroniques nippones - Irrégulebdomadaire

Numéro 1 - Juillet 2000

BOSOZOKUS - Le Fléau de la nuit !

Un reportage réalisé sous calmants par notre envoyé spécial

Mais que sont les Bosozokus ? Ces "braves" jeunes gens cherchent à exprimer (?) leur dépit de la manière la plus tonitruante possible. C'est à dire, que chevauchant de grosses motos abondamment pourvues en pots d'échappement surdimensionnées, plus rarement, nichés dans des voitures dont la ringardise de la décoration n'en dispute qu'à la puissance du moteur, ils traversent les rues et les avenues soit très vite en faisant du bruit, soit lentement en poussant les gaz à fond pour faire un maximum de bruit. Fréquemment ils se déplacent en bande, ou plutôt en meutes, avec un passager ou deux à l'arrière des motos et parfois une sorte de Bosozoku en herbe qui suit à scooter en essayant de faire aussi suffisament de bruit. J'en ai vu (et entendu) un passer dans la rue marchande principale de Kanazawa à l'heure de shopping de pointe, et bien, impossible de parler. Ils ne dédaignent pas non plus les horaires nocturnes et il n'est pas rare de les entendre passer au petit matin. Il semblerait que le phénomène soit davantage répandu en province que dans la capitale, j'ignore si c'est vrai, mais ils sont nombreux ici. Ils étaient nombreux plutôt, puisque la police locale a récemment lancé une campagne anti-bosozoku dont vous voyez la pittoresque affiche. L'affiche proclame "Je ne le fais pas, je ne le fais pas faire, je ne vais pas le voir" (le bosozoku). Elle comporte également un numéro de téléphone spécial pour dénoncer son bosozoku de passage. J'ignore quels sont ou seront les effets de la campagne en question (vu que la police est en voiture ou à vélo et les bosozokus à moto....), mais il y en a beaucoup moins ces derniers temps. Est-ce lié ? Rappelez moi de vous tenir au courant ces prochains mois.

 LE FESTIVAL - Et son millier de danseurs

Un reportage réalisé avec des chaussures orthopédiques par notre envoyé spécial

Qu'est ce donc que le festival de Kanazawa. Connu sous le nom simple ;-) de "Hyakku man goku". Chaque ville, chaque village, chaque hameau a son festival. Ils commémorent quelque chose de plus ou moins important. En fait le but est d'attirer les touristes japonais (bin ouais on est au Japon) et de faire la foire, car le jour du festival c'est "congé". Enfin, un congé un peu spécial pour certains, voyez la suite. Il y a bien une connotation religieuse dans chaque festival, mais elle ne semble pas primordiale pour la plupart des gens. A noter que tous ces festivals ne sont pas à la même date, il est donc toujours possible d'aller voir un festival quelque part au Japon.

A Kanazawa, ils commémorent le jour où (pendant le temps des samouraïs), le pays, qui était alors un des plus riches du Japon, avait produit 1'000'000 de kokus. 1 koku c'est la quantité théorique de riz nécessaire à faire vivre une famille pendant une année. Donc le matin il y a un défilé, avec plein de figurants costumés en samouraïs et autres personnages historiques. Défilé retransmis à la télévision nationale, car le festival de Kanazawa est un des plus grands du Japon (mais il ne fait pas partie des festivals cinq étoiles).

Sur les conseils de ma professeur de japonais, j'y suis allé le soir. Il y avait des danseurs paraît il. En arrivant je suis tombé sur une masse de danseurs, qui en plus dansent tous en même temps, la même chose ! Imaginez qu'on remplirait de groupes de danseurs en yukata (un yukata c'est un kimono léger en coton) la rue principale de votre ville. Ils étaient organisés par groupes. Une cinquantaine en yukata vert, suivi d'une centaine en yukata bleu, etc... Je me renseigne "ce sont là les groupes fait par les écoles de danses locales ?". "Non, non, ce sont des groupes envoyés par leur entreprise. Ici, en jaune c'est NTT, après c'est la banque d'Ishikawa, ensuite, les assurances machinchose, etc...". Donc le congé du festival n'est pas un congé pour tout le monde, puisque il faut danser de 18 heures à 20 heures ! Si certaines entreprises semblent avoir désigné volontaires les plus jeunes et les plus charmants membres de leur personnel, d'autres ont envoyé tout le monde. Et la mémé ratatinée et le pépé bedonnant (des retraités de l'entreprise ?) semblent s'en donner à coeur joie. Voilà une façon bien décorative de se faire de la publicité.

En voyant ce spectacle je me suis mis à rêver à une fête nationale d'exception dans ma ville natale. D'abord en vert les danseurs de la banque, ils sont 200 ! Puis en jaune ceux de la Poste, pas moins de 120, ensuite vous avez en rose la délégation de l'entreprise de travaux publics, en rouge une autre banque, après ce sont les danseurs et danseuses d'une assurance, ceux de la fabrique de machine-outils, ceux de l'Education Nationale, etc... ...imaginez votre vendeuse du supermarché favorite en train de danser, cela ne vous remplit il pas d'émotion ?

Je vous laisse imaginer, avec sans aucun doute beaucoup de plaisir, le spectacle que ca pourrait donner.

En photo les charmantes danseuses de "Kinshin", un institut financier de la place. Celle qui est pile au milieu est une connaissance, que je prie par avance de m'excuser pour avoir fait circuler sa photo sur le web....